Mettre son enfant en collectivité pour le socialiser ? Inutile !

  • La collectivité permet elle aux enfants d’être sociables ?

  • Un enfant introverti côtoie t-il suffisamment d’autres enfants ?

  • C’est quoi un enfant non socialisé ?

  • Comment aider un enfant introverti ?

  • Dois je faire garder mon enfant pour qu’il ne devienne pas sauvage ou asocial ?

Tu as un enfant en bas âge ?

Peut-être un bébé ? Et comme beaucoup de jeunes parents, une inquiétude commence à pointer son nez à mesure que les mois passent :

Mon tout jeune enfant à qui je souhaite le meilleur, ne devrait-il pas côtoyer plus de monde pour devenir un être sociable ?

Devrais-je le mettre en garderie pour que, au milieu de ses congénères, il puisse intégrer plus vite et plus efficacement les règles sociales ?

Je te propose dans cet article des éléments pour aérer ce gros nuage au dessus de ta tête de parent inquiet.

Quelques éclaircissements

Que veux-tu exactement ?
1- Tu espères que ton enfant soit avenant ? Amical ? Généreux ? Poli ? Qu’il soit entouré de pleins de copains ?
2- Ou tu voudrais plutôt que ton enfant soit quelqu’un qui suit les règles, les convenances sociales les plus subtiles, qu’il soit conciliant, sage et que sa vie suive tranquillement la trame classique et traditionnelle de votre culture?

Peut être les deux.

Mais ce n’est pas la même chose.
Dans le premier tiret je fais référence plus spécifiquement au tempérament de l’enfant, à son fonctionnement propre à lui, en tout cas, dans cette période de sa vie. Qu’il soit introverti ou très sociable, cette part de lui lui appartient. Dans un prochain article, j’aborderai l’inquiétude des parents d’enfants introvertis et l’accompagnement qui peut être apporté.
Dans le deuxième tiret, il s’agit plutôt d’adaptation (peut être excessive) aux intérêts du groupe pour y être accepter. Cela regroupe la politesse, les règles de vie, les convenances et les comportements à suivre dits « normaux ».

 

As tu remarqué qu’il y a deux mots qui se ressemblent? Socialisation et sociabilisation.

SOCIALISATION: Processus social, donc plus global qui induit l’intégration d’un individu dans son groupe social, l’individu intériorise les normes et les valeurs du groupe. (via »la reconfiguration de la socialisation »: Si socialiser c’est bien rendre apte à la vie en société, cela dépasse largement le simple apprentissage des codes sociaux d’interaction dans les groupes et face aux inconnus, mais englobe plutôt l’ensemble des procédures d’apprentissage des manières de faire et des manières d’être, nécessaires à la vie dans une société d’humains, que ces apprentissages répondent à un objectif éducatif ou non….l’éducation ne constituerait que la partie la plus consciente et la plus rationnelle de la socialisation, celle qui s’appuie sur des stratégies d’inculcation à l’égard des enfants ou de ceux que l’on veut éduquer. À l’inverse, une grande part de la socialisation se réalise par imprégnation, imitation, par le simple fait d’être immergé dans un univers de sens qui possède ses supports, ses règles et ses formulations et dont l’effet s’avère toujours largement inconscient.

SOCIABILISATION: cela concerne plutôt l’individu à son niveau à lui, comment le processus de socialisation se manifeste chez lui, ses comportements et stratégies qu’il use pour intégrer un group social. Cela se manifestera par un tempérament dit « sociable » ou plus ou moins, ça me semble faire référence plus au tempérament de l’individu, au fait d’être introverti, extraverti, avenant, distant, etc.

Peut être que mes définitions ne sont pas les plus cleans, dans le doute, on se met d’accord: dans cet article lorsque je parle de socialisation ou de sociabilisation, je fais référence à ses deux définitions que je viens de donner.

D’où vient cette inquiétude?

Si on s’inquiète pour quelque chose au point d’envisager de se séparer de notre tout jeune enfant (peut être encore bébé), il peut être judicieux de chercher le pourquoi de cette inquiétude et à quoi elle cherche à répondre comme besoin(s).

On veut socialiser nos enfants, parce qu’on ne veut pas faire de nos enfants des « sauvages », on veut qu’ils s’insèrent dans la société, qu’ils y soient bien vus et acceptés et au passage qu’ils nous valorisent en tant que bon parent. La socialisation est vue comme importante parce qu’elle a un rôle de cohésion sociale, on veut une société homogène, qui fonctionne, on souhaite préserver les groupes pour optimiser au maximum la sécurité et l’équilibre de tous les individus.

 

Quels sont les besoins sociaux des enfants?

Le nouveau né il en a strictement rien à péter d’être socialisé, d’être entouré de monde, il cherche les intéractions, mais elles se limiteront essentiellement à sa mère, ses parents en premier lieu et ça de façon très privilégiée. Il a nullement besoin de multiplier les personnes et les interactions par quantité. Ca ne répond à aucun de ses besoins d’être passé de bras en bras ou d’être laissé à garder, aucune des demandes du nouveau né ne s’oriente vers ça. En antrhopologie on dit qu’Homo sapiens évolue dans différents habitats, d’abord son lieu de vie c’est les bras de sa mère ou de son parent de référence, puis sa famille, avec ses éventuels frères et soeurs, puis la famille plus large et ensuite les autres.

Aux environs de 18 mois (quand l’enfant apprend à se déplacer) et que ses capacités motrices qui lui permettent de se déplacer: il peut aller à la rencontre des autres, qui ne sont qu’un élément sur son parcours ou son environnement. Les intéractions ne sont que des expérimentations avec cet élément de l’environnement (pas de recherche particulière de lien, de copinage)
– les enfants font leur vie, dans leur bulle, côte à côte, sans trouver d’intérêt chez le congénère. L’intérêt viendra non pas sur le congénère mais ce qu’il anime entre ses mains, les jouets, les idées, l’imaginaire, les histoires crées, c’est à ça que s’intéresse le petit enfant. On pense rapidement du coup, que lorsque les enfants commencent à s’intéresser à ce que font les autres enfants, à interagir, c’est le début d’un copinage, de création de liens sociaux. Mais l’intérêt de l’enfant se trouve dans l’activité ou le jouet que l’autre enfant anime. Si l’intérêt se porte sur un enfant lui même, c’est encore ici simplement l’intérêt de l’enfant sur l’autre enfant en tant qu’élément de son environnement, un élément intéractif, qui réagit à ce qu’on lui fait. Ce sont des découvertes, des expériences, c’est marrant c’est intéressant de voir un autre être vivant qui nous ressemble et qui réagit, qui communique, c’est fascinant de découvrir ça! Les liens entre enfants se font bien plus tard, les vrais liens d’amitié, le fait qu’un copain lui manque, qu’il a hâte de le retrouver, de faire des choses ensemble, etc.
Ce n’est qu’à partir de 6-7 ans (environ) que cet intérêt commence. Ce n’est souvent pas aussi tôt qu’on le croit que l’enfant va demander à avoir des copains. Avant cet âge, l’enfant est très tourné sur lui même, sur la découverte de son être, son développement, la personne qu’il est, son fonctionnement), il a déjà beaucoup à apprendre de lui et de son environnement direct, c’est ensuite, qu’il va trouver de l’intérêt en lien direct avec d’autres personnes.

Selon les sources, on peut entendre ou lire que les débuts de la socialisation de l’enfant se font autour de 2-3 ans, et on confond cause et conséquence, on pense que comme c’est à cet âge là que l’enfant commence à se socialiser, c’est à cet âge là que donc il faut le mettre en collectivité ou le faire interagir avec d’autres enfants, mais  en réalité, elle commence à cet âge, , peut être, non pas parce que c’est ainsi que fonctionne le cerveau de l’enfant ni même que son développement naturel dans un milieu naturel se fait naturellement comme ça, mais tout simplement parce que c’est à cet âge là qu’on commence à déposer nos enfants à l’école, et du coup oui, c’est le début d’une socialisation artificielle, forcée, disons.  C’est terrible de faire croire aux parents que c’est à cause d’une relation trop fusionnelle que leur enfant ne vas pas vers les autres ou ne se comporte pas comme les adultes souhaitent qu’il se comporte. Les enfants ont besoin d’être dans une relation d’attachement profond avec leur parent de référence, leur figure d’attachement, ils ont besoin d’un lien inconditionnel pour se sentir suffisamment en sécurité pour ensuite pouvoir explorer son monde, parce qu’on explore pas un monde quand on ne se sent pas en sécurité. On se met en retrait si on a peur, si on sent qu’on a aucun recours, aucun filet de sécurité. Le lien d’attachement fort, c’est le filet de sécurité qui permet à l’enfant de ne pas avoir peur et d’être ok et confiant intérieurement pour explorer extérieurement. Non, un parent n’est jamais trop fusionnel avec son enfant de 3 ans (merci la psychanalyse en carton). 3 ans c’est minuscule.

Les parents, surtout les mamans, ont peur d’un manque de socialisation et peuvent penser qu’il serait bon de mettre son tout jeune enfant en crèche ou disons le faire garder pour qu’il cotoie d’autres enfants. C’est culturel ça. C’est corrélé plutôt avec des besoins des parents d’aller travailler ou de s’aérer l’esprit, de voir du monde, etc, c’est des besoins importants qui concernent les parents, pas le bébé ou le jeune enfant. Le bébé ou le jeune enfant il a aucunement besoin et il ne va pas émettre des demandes pour aller cotoyer d’autres bébés ou d’autres jeunes enfants. Pour répondre à notre inquiétude de socialisation et en même temps pour éviter de culpabiliser sur le fait qu’on a envie de faire garder notre bébé ou notre enfant, on va rassurer tout ça en se disant que la crèche ça va lu faire du bien au bébé, ça va lui apporter une socialisation, je crois qu’on pourrait plutôt se dire, la crèche, ça va me faire du bien à moi, c’est moi que je rassure, c’est moi que je rempli en le faisant garder. Le bébé, le jeune enfant, il s’en balance d’être posé dans la même pièce que 20 autres bébés et enfants, avec du bruit, des horaires, des injonctions, etc, ça répond pas à un de ses besoins à lui en tout cas.

Pourquoi tu n’as besoin de rien faire pour que ton enfant se socialise

Comme on l’a vu précédemment, les besoins sociaux des enfants n’existent pas avant 6-7 ans (environ, cet âge est indicatif). Voilà d’autre indices pour soulager ton inquiétudes:

– L’être humain est, par nature, un être social. Chaque individu a un seul but: faire perdurer sa vie, pour ça, c’est toujours sa survie qui sera prioritaire, pas celle du voisin, mais bien la sienne. Sa survie passe par des besoins individuels, (se nourir, prendre soin de son corps, faire des activités agréables, etc), mais il a des besoins qui passent par le fait d’être accepté et aimé du groupe (le groupe étant en réalité une multitude de groupes, la famille, l’école, le pays, etc), pour qu’il puisse y être en sécurité. Pour ça, il va faire des concessions, il va rogner sur ses besoins individuels, il va sacrifier certains de ses intérêts à lui pour faire plaisir au groupe et comme ça profiter des avantages, des intérêts que le groupe lui procure (la sécurité, le plaisir d’être accepté, aimé, valorisé, etc). C’est une balance qui se joue: inconvénients du fait d’appartenir à un groupe VS avantages d’appartenir à un groupe. Si la balance commence à ne plus pencher du côté des avantages, si le groupe commence à demander trop de choses, s’il demande à rogner trop sur nos intérêts individuels, on va commencer à se questionner sur ce groupe, s’il ne serait finalement pas plus délétère que bénéfique, mais c’est un autre sujet…

Un enfant se socialise déjà au contact de sa famille. Plus tard, il trouvera de l’intérêt chez l’Autre. Mais il possède tout ce qu’il faut :un cerveau social qui recherche instinctivement le contact et qui recherche les informations lui permettant de comprendre comment fonctionnent les groupes dans lequel il évolue. Nous sommes naturellement équipé pour s’adapter à la société dans laquelle on vit. Plus encore, si l’enfant est respecté dans son intégrité et aimé inconditionnellement il aura suffisamment confiance et pourra choisir de s’émanciper de règles de vie, et s’autoriser à être lui même sans se sentir abîmé par les jugements sociaux.
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Ça ne nécessite aucune pression supplémentaire que le simple fait de vivre.

– Nous sommes surexposés aux interactions sociales. On surestime la nécessité de se confronter à nos congénères de façon répétée et journalière. Aujourd’hui, on vit dans un monde surpeuplé, on croise trop d’êtres humains, je te mettrai en lien aussi un graphe de l’évolution de la démographie de la préhistoire à nos jours. On a été peu nombreux durant des millions d’années, quelques centaines de milliers au maximum, c’est surtout à la révolution néolithique et encore plus à la révolution industrielle qu’on a fait exploser les chiffres, mais ça c’est hyper récent, environ 30-40 000 ans, alors qu’on a vécu durant des millions d’années avec peu de congénères dans des tribus de quelques dizaines d’individus. Aujourd’hui, on a beaucoup plus d’interactions sociales, mais de moindre qualité. On ne manque pas de quantité, mais de qualité et perso, c’est pas au milieu d’une trentaine de personnes non choisies dans un lieu non choisi que j’imagine le contexte les plus adéquate pour des relations de qualité. Je ne crois pas qu’on manque d’interactions sociales, on en a trop, on croise trop de monde, et on surévalue le besoin d’en voir.

– Un enfant non socialisé, ça n’existe pas (autant ne pas s’inquiéter pour un truc qui n’existe pas). Quand je dis que ça n’existe pas ce que j’entends par là c’est que c’est du cas exceptionnel, minoritaire, qui n’a jamais de lien avec un manque d’éducation. Un humain non socialisé c’est un humain qui a grandi sans aucun autre humain, enfermé, ou isolé. Ça n’existe pas ça, ou dans des cas rares, genre Mowgli, ou le film Nell avec Jodie Foster, ou encore les quelques rares cas d’enfants sauvages comme l’histoire de Marie Angélique le Blanc, une enfant qui a vécu de façon sauvage durant 10 ans en forêt, en mangeant des aliments crus, sans langage articulé, là on peut dire qu’il s’agit d’un enfant non socialisé, là ok, et encore, c’est même pas perdu, elle a appris ensuite à lire et à écrire et s’est intégrée à ses congénères. Il y a d’autres exemples plus récents et plus nombreux, et plus horribles encore, ceux d’enfants séquestrés dans des caves ou bunkers durant des années. Je ne sais pas si tu as déjà lu ou entendu leur histoire, j’ai lu un livre (titre), une femme séquestrée qui a eu 7 enfants dans une cave, je te passe les détails atroces, donc là on est clairement dans un schéma ou la personne n’a côtoyé personne hormis son bourreaux, et les enfants qu’elle a mis au monde n’ont eu, depuis leur naissance, aucun contact avec l’extérieur. Une fois libérées, et bien sûr avec tout une reconstruction psychologique longue à faire, ces personnes sont réintégrées à la société, sans soucis pour la société, elles ne sautent pas sur les tables, elles ne se comportent pas comme des animaux non civilisés, etc.

CONCLUSION

– l’humain est déjà un être social.
– La sociabilité dépend en grande partie du tempérament de l’enfant qu’il est bon d’accepter tel quel.
– la socialisation se fait naturellement (notre cerveau a tout ce qu’il faut pour ça) puisqu’il s’agit d’un besoin fondamental lié à notre « survie ». Elle se fait sans avoir besoin d’entourer volontairement l’enfant d’autres congénères.
– les besoins sociaux arrivent avec l’initiative de l’enfant qui ira, de lui même, s’il se sent suffisamment en sécurité, vers les autres lorsque son besoin de copinage l’appellera.

Sources

Article « La reconfiguration de la socialisation précoce »: https://www.cairn.info/revue-dialogue-2013-2-page-97.htm

Conférence sur les perceptions enfantines de l’ordre social: http://ses.ens-lyon.fr/articles/les-perceptions-enfantines-de-lordre-social

Article sur la socialisation précoce et la collectivité: https://www.cairn.info/revue-devenir-2003-3-page-279.htm#re1no1

Article sur l’âge du début de la socialisation selon Maria Montessori: https://www.terredevrai.fr/salon-pelissanne/actualite/27-montessori-une-pedagogie-resoluement-centree-sur-l-enfant-dans-son-individualit

Article sur la Théorie de l’Attachement: https://www.4emesinge.com/la-theorie-de-lattachement/

Article sur les relations entre paires précoces: http://www.enfant-encyclopedie.com/relations-entre-pairs/selon-experts/relations-precoces-entre-pairs-et-impacts-sur-le-developpement

Evolution démographique d’Homo sapiens: https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/18827/pop_et_soc_francais_394.fr.pdf

L’histoire de la « sauvage » Marie-Angélique le Blanc: https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc