Je suis distant avec mes enfants, est-ce un problème ?

Pourquoi on nous dit partout qu’il faut avoir une relation forte avec ses enfants ?

Comment faire pour traverser les difficultés parentales ?

Je suis mal à l’aise avec les marques d’affection, cela peut-il poser problème ?

Cet article va tenter de répondre à tout cela.
Vous retrouverez à la fin un résumé et les sources.


Cet article est issu de l’épisode de Podcast du même nom.
Vous pouvez l’écouter par ici : ÉCOUTER LE PODCAST


Il y a quelques années de ça j’ai compris comment une relation distante entre moi et les personnes que j’aime pouvait rendre les épreuves de la vie doublement difficiles. J’ai traversé des moments où un lien fort m’aurait permis de traverser plus facilement certaines difficultés et de faire mon deuil plus facilement.

Un lien distant crée de la douleur supplémentaire

J’ai perdu mon père il y a quelques années. Je vous parle de ça parce que j’ai vécu ses derniers moments avec lui comme engluée, paralysée et déconnectée de nous. J’avais peur bien sûr vu le truc qu’on traversait, mais j’avais comme les jambes dans du béton, impossible de m’approcher de lui ou de lui montrer une quelconque marque d’affection. Et je me souviens pourtant, dans les derniers jours, de me dire très consciemment « Mais putain Sandra, là t’as rien à perdre en fait, il va mourir, c’est maintenant ou jamais, littéralement », et me dire ça, ça m’a permis d’oser des choses, mais ça n’a pas suffit à briser le bloc de béton entre nous.

En fait, c’est faux, quand on dit « t’as rien à perdre », en réalité, si, on a toujours à perdre, perdre encore un peu plus d’estime de soi perdre encore de reconnaissance, etc. J’ai fait ce que j’ai pu, jusqu’au bout, mais parfois je repense à sa mort et je me dis « mince, j’aurais aimé n’avoir qu’à m’occuper de ma tristesse ». Au lieu de ça, je devais en plus gérer une posture distante, que mon cerveau semblait devoir maintenir avec effort, ne pas empiéter sur la distance acceptable que mon père m’avait toujours montré.

Quand on perd un être qu’on aime et qu’on a pu être présent jusqu’au bout, tout dire, tout échanger, montrer son amour et en recevoir, alors, une fois l’être aimé parti, on a plus qu’à s’occuper de notre peine. Bien sûr c’est énorme, c’est même souvent encore plus douloureux. Mais, imaginez qu’en plus de la peine et du manque de sa présence, on y rajoute un énorme paquet de regrets, de ressentiments, de manques en lien avec la relation. De beaucoup de manques qu’on a jamais reçu et qu’on ne pourra plus jamais remplir.

Avec mon père ça a été complètement ça. Il allait mal, il sombrait et moi je devais gérer l’horreur de le voir dépérir mais aussi la retenue que demandait notre relation. Il faut comprendre qu’on ne sait jamais montré aucune forme d’affection ou de tendresse. Pas une. Pas de celles qui adoucissent le moment. On ne s’est jamais touché, à part en se faisant la bise. Mon père m’a montré son amour par pleins d’autres façons bien à lui, que je n’ai compris que trop tard, mais pas par les émotions, c’était trop difficile pour lui, trop inconnu, puisqu’il n’en avait jamais reçu, ni le toucher, ni la tendresse ou l’affection, ni des mots gentils ou positifs, alors imaginez qu’au moment où on a le plus besoin de tout ça, on ne puisse pas le donner. C’est tellement triste et dommage.

J’ai fait des gestes de tendresse dans ses derniers jours, cela m’a demandé de me surpasser, de casser le béton armé installé depuis 30 ans, grâce à la conscience que j’avais que je n’avais pas grand chose à perdre en essayant, mais ce n’était que des bribes d’une nouvelle posture entre nous, ça n’a pas eu le temps de murir. Alors, une fois qu’il était mort, j’ai eu à m’occuper de ma peine mais aussi des regrets de ne pas avoir pu être à l’aise, tout donner, m’investir auprès de lui, me dire que j’ai tout bien fait pour lui, à fond, qu’on a tout échangé entre nous, que je ne regrette rien.

Je suis sûre que même dans des relations chaleureuses et étroites, on a des regrets, de ne pas avoir tout dit et tout fait, malheureusement, on ne peut remplir une relation entière sur un temps qui nous a été coupé. Mais, quand la relation est distante, c’est tout un monde de tendresse et d’attention qu’on regrette.

La distance physique et émotionnelle s’oppose, lutte contre l’amour qu’on ressent. C’est extrêmement douloureux et perturbant à vivre.

Un lien fort met en action

Il y a également autre chose que cette distance affective a provoqué dans cette histoire. C’est la mise à distance aussi de la mise en action, et la prise en charge qui pourtant est indispensable.

 » Plus on prend soin, plus on a envie de prendre soin. Le fait d’être proche de quelqu’un nous poussera plus facilement à l’action »

Cette distance affective, a fait que je ne me sentais pas légitime pour agir suffisamment pour mon père. J’étais de toute manière convaincue que je ferais mal, et qu’on me le reprocherait, que je ne prendrais pas le rendez-vous à la bonne heure, que j’aurais du venir plus tôt, ect. Tout ça pousse à l’évitement. C’est indéniable. Dans mon cas, j’étais enceinte et j’habitais loin, j’ai donc fait mon maximum, et j’ai bien remarqué que c’était lorsque je me mettais en retrait, que j’étais dans l’évitement que mes angoisses étaient les plus fortes.

On se rend compte que c’est les interactions et le fait de prendre soin de quelqu’un qui permet d’augmenter les taux d’ocytocine et d’augmenter le lien entre un parent, mère ou père, et l’enfant. Plus on prend soin, plus on a envie de prendre soin (1). Le fait d’être proche de quelqu’un nous poussera plus facilement à l’action.

Une relation étroite permet d’être pro-actif et impliqué dans les soins de nos enfants, comme par exemple chez les prématurés (2)

C’est un combat constant entre se préserver, ne pas oser, et vouloir pourtant être présent pour l’autre. Et on voit ça en parentalité même dans des contextes anodins pour lesquels un lien étroit aurait pu faciliter les choses.

Le fait d’avoir un lien fort avec quelqu’un, fait qu‘on est totalement à l’aise avec la personne et cela nous met en action plus facilement car la motivation est forte et évidente, elle est facile à suivre, il n’y a pas de résistance. Vous savez, on le dit, qu’on ferait tout pour nos enfants, et évidemment quand ils sont malade, qu’ils sont tristes, on a envie de renverser toute la planète pour trouver une solution. Et c’est ce lien fort qui donne autant de forces.

On se rend compte que des programmes de parentalité ou le fait d’apprendre aux parents à développer un lien plus fort avec leurs bébés ou avec leurs enfants dans le cas par exemple d’enfants à risque comme les enfants adoptés, permet notamment d’augmenter les comportements positifs entre parents et enfants et améliorer leur bien être psychosocial (3)

un lien fort permet de mieux connaitre la personne et mieux l’aider

Le fait d’avoir une relation étroite permet également de faciliter l’aide qu’on apportera, parce qu’on connait bien la personne, on saura ce dont elle a le plus besoin, on ciblera mieux la solution au problème. Quand on essaie d’aider quelqu’un, ou de résoudre un problème dans la relation, on va tâtonner un moment, on va essayer, se tromper, peut être empirer le problème puis apprendre, comprendre et trouver ce qui fonctionne mieux. Ca va demander du temps.

 » c’est bien le fait de passer du temps avec bébé qui permet d’apprendre à reconnaitre ses pleurs et à distinguer ceux liées à la douleur […]. Le fait de se côtoyer permet d’apprendre à nous connaitre « 

Par exemple, dans des études menées par l’université de St Etienne (4), on a demandé à des adultes de reconnaitre des pleurs de bébés et de distinguer les pleurs de douleurs des autres types de pleurs. Ce sont les adultes (parents ou pro de l’enfance) qui passent du temps avec des bébés qui y arrivent le mieux que des adultes non parents ou non pros de l’enfance.

On constate la même chose lorsqu’on demande à des parents de reconnaitre les pleurs de leur bébé parmi ceux d’autres bébés. On se rend compte que cette distinction se met en place quelques jours après la naissance. Finalement c’est bien le fait de passer du temps avec bébé qui permet d’apprendre à reconnaitre ses pleurs et à distinguer ceux liées à la douleur, bien plus qu’autre chose. Le fait de se côtoyer permet d’apprendre à nous connaitre.

Un lien fort donnera plus envie à l’enfant de se confier

Le fait de se sentir proche de quelqu’un, d’être à l’aise dans la relation et d’avoir confiance dans la façon que l’autre a de gérer les problèmes, tout sera plus propice à la confidence. Alors, attention, on peut absolument adorer ses parents et ne pas avoir envie de parler d’un problème même avec des parents aimants qui ne font pas la morale et qui ne punissent pas, parce que ça met pleins de choses en jeu, on peut ne pas avoir envie de les inquiéter, leur rajouter des problèmes, etc. C’est un peu un contexte où plusieurs facteurs doivent être présents, on est proche, on est à l’aise et on aime la façon dont l’autre réagit lorsqu’on se confie.

Par exemple, dans l’atelier sur l’éducation à la sexualité que je propose sur mon site, les connaissance que l’on a que ce soit via les organismes comme l’Unicef ou les recherches en science sociales et humaines, montrent assez clairement que la communication entre les parents et leurs enfants puis leurs ados est primordiale pour que les parents aient un impact positif sur les comportements de leurs enfants et ados dans la sphère intime et amoureuse et avec leur propre corps aussi. (mettre lien vers l’atelier)

Connexion = coopération

Je crois aussi que, avoir une relation forte avec son enfant favorisera sa coopération. Je le constate, en tout cas, dans notre famille, le fait qu’on ait un lien fort avec les enfants fait qu’ils auront parfois l’envie de coopérer sur un truc précis notamment parce qu’ils savent que ce truc est important pour nous ou nous fait du bien. Par exemple, ils savent que le silence est important pour moi, ça leur arrive du coup d’accepter de me donner un moment de silence, avec plaisir.

En fait, quand on a des sentiments positifs pour quelqu’un on sera plus à même de vouloir lui apporter du positif. A l’inverse, avoir de la rancœur, de la colère envers quelqu’un ne donne pas envie de faire plaisir, de coopérer, d’apporter du positif à cette personne.

C’est un cercle vertueux car constater le contentement de la personne à qui on a fait plaisir, nous fait du bien à nous aussi et cela donnera envie de le refaire.

Quand mes enfants coopèrent spontanément ou avec plaisir, avec l’envie de m’apporter du positif, ce sont des gestes qui me touchent énormément, et ils le voient. Je leur montre beaucoup de reconnaissance et de gratitude pour l’effort qu’ils me font. Je les remercie chaque fois avec beaucoup d’émotions, je trouve ça vachement beau de voir comme des enfants peuvent être attentionnés, par simple amour pour l’autre. Ça fonctionne surtout dans le cadre d’une relation étroite.

Résumé

  • Un lien fort permet de traverser des épreuves en étant plus connecté et en ayant moins de regrets
  • Un lien fort favorise la mise en action : on sera plus à même de s’occuper de l’autre, de s’engager dans la relation
  • Un lien fort nous permet de mieux connaitre la personne et donc de mieux cibler les solutions à ses problèmes
  • Un lien fort favorise les confidences de nos enfants et ainsi mieux cibler la cause de leurs problèmes
  • Un lien fort engendre plus de coopération car on a plus facilement envie de faire plaisir à l’autre

Sources

(1) Scatliffe N, Casavant S, Vittner D, Cong X. Oxytocin and early parent-infant interactions: A systematic review. Int J Nurs Sci. 2019;6(4):445-453. Published 2019 Sep 12. doi:10.1016/j.ijnss.2019.09.009

(2) Thomson G, Flacking R, George K, et al. Parents’ experiences of emotional closeness to their infants in the neonatal unit: A meta-ethnography. Early Hum Dev. 2020;149:105155. doi:10.1016/j.earlhumdev.2020.105155

(3) Dalgaard NT, Filges T, Viinholt BCA, Pontoppidan M. Parenting interventions to support parent/child attachment and psychosocial adjustment in foster and adoptive parents and children: A systematic review. Campbell Syst Rev. 2022;18(1):e1209. Published 2022 Jan 5. doi:10.1002/cl2.1209

(4) Messina I, Cattaneo L, Venuti P, et al. Sex-Specific Automatic Responses to Infant Cries: TMS Reveals Greater Excitability in Females than Males in Motor Evoked Potentials. Front Psychol. 2016;6:1909. Published 2016 Jan 7. doi:10.3389/fpsyg.2015.01909

Bouchet H, Plat A, Levréro F, Reby D, Patural H, Mathevon N. Baby cry recognition is independent of motherhood but improved by experience and exposure. Proc Biol Sci. 2020;287(1921):20192499. doi:10.1098/rspb.2019.2499

Gustafsson E, Levréro F, Reby D, Mathevon N. Fathers are just as good as mothers at recognizing the cries of their baby. Nat Commun. 2013;4:1698. doi:10.1038/ncomms2713

Piallini G, De Palo F, Simonelli A. Parental brain: cerebral areas activated by infant cries and faces. A comparison between different populations of parents and not. Front Psychol. 2015;6:1625. Published 2015 Oct 21. doi:10.3389/fpsyg.2015.01625

N.B : La science n’est pas parfaite et n’a pas pour rôle de dicter vos vies. Une étude à elle seule n’a que peu de poids en terme de niveau de preuves. Les études scientifiques ne sont que des indices. Elles sont toujours critiquables et ne reflètent pas la vérité qui restera toujours insaisissable. Le cas échéant, ce contenu n’a pas pour but de se substituer à un suivi avec des professionnels de la santé physique ou mentale