Si je suis stressé, dois-je le cacher à mes enfants ?

Quand je vais mal et que je le cache, mes enfants vont-ils le sentir ?

Est ce que ce sera néfaste pour mes enfants s’ils me voient stressé ?

Comment expliquer mon stress à mon enfant sans l’inquiéter ?

Cet article va tenter de répondre à tout cela.
Vous retrouverez à la fin un résumé et ce que l’on peut faire lorsqu’on se sent stressé et que l’on souhaite ne pas affecter nos enfants.


Cet article est issu de l’épisode de Podcast du même nom.
Vous pouvez l’écouter par ici : ÉCOUTER LE PODCAST


En tant que parent on peut nous conseiller de ne pas montrer à nos enfants quand on va mal, de ne pas leur montrer quand on est triste ou stressé. C’est particulièrement difficile de cacher des émotions et en même temps on peut se dire que montrer nos émotions quand on va mal ça peut stresser nos enfants et que ça les impacte aussi et ce n’est pas ce que l’on souhaite !

Quels sont les risques si l’on cache notre stress à nos enfants ?

Les questions à se poser quand on cache notre stress (ou toute autre émotion douloureuse) :

– Quelles sont les conséquences sur nos comportements, est-ce que ça va modifier notre posture et nos échanges avec nos enfants et ces comportements là ont-ils des conséquences sur l’enfant ?

– Quelles sont les conséquences sur les émotions et la physiologie du stress chez l’enfant ?

Retrouvez les sources à la fin de cet article, avec plusieurs études qui parlent de ce sujet et ce qui en ressort c’est qu’effectivement on remarque que quand les parents cachent leur stress, ils ont tendance à être moins chaleureux et moins engagés dans la relation avec leurs enfants.

Forcément, quand on ne va pas bien et qu’en plus on essaie de le cacher ça nous demande de l’énergie, on est accaparé par ça, ça pèse dans notre mental et du coup ça impacte notre posture et nos comportements auprès de nos enfants. On va être moins ouvert, on aura peut être moins envie de faire de choses avec eux, on sera un peu plus distant, un peu plus froid.

C’est quelque chose qu’on remarque dans les études et forcément on se dit que les enfants le voient ce changement de comportement vis-à-vis d’eux. Les études ont l’air aussi de montrer que le stress caché par les parents semble impacter les émotions et le stress chez l’enfant mais de façon différente chez les pères et les mères.

« La mère est très souvent la figure d’attachement principale et forcément en tant que figure d’attachement principale, elle va influencer beaucoup plus l’état émotionnel de l’enfant »

Les mères et les pères stressés, des différences !

Les pères qui sont stressés et qui vont montrer moins de chaleur et d’engagement vis-à-vis de leurs enfants semblent moins influencer les comportements des enfants. On parle ici d’enfants entre 7 et 11 ans. Plus précisément, on remarque que normalement quand le parent est moins chaleureux et engagé, l’enfant va se calquer en étant moins chaleureux et moins engagé. Avec les pères, cette influence est moins grande, les enfants montrent pas spécialement moins de chaleur et d’engagement dans l’échange avec leur père alors que le stress chez la mère va plus impacter le comportement des enfants. Et ça même lorsque les mères stressées essaient quand même de garder une chaleur et un engagement auprès de l’enfant ! Même si elle ne change pas ses comportements, les enfants semblent impactés et se calqueront sur leur mère.

Au niveau de la physiologie, ce qui se passe dans le corps de l’enfant, ses émotions et son stress, cela semble plus corrélé avec la physiologie du stress de leur mère que celle du père. Je précise qu’il y a certains résultats notamment dans une autre étude qui ne retrouvent pas cette association et qui retrouvent plutôt le contraire, avec des pères qui semblent influencer un peu plus que les mères les émotions des enfants (l’étude en question porte sur des enfants entre 3 et 5 ans, l’âge serait-il un modérateur de l’influence parentale concernant le stress?).

On ne retrouve donc pas toujours les mêmes résultats mais ce qui semble cohérent dans cette idée que la mère influence peut-être plus les enfants c’est que très souvent, c’est la mère qui est la figure d’attachement principale et que forcément en tant que figure d’attachement principale, elle va influencer beaucoup plus l’état émotionnel de l’enfant. En effet, l’enfant dépend plus d’elle. Il compte beaucoup plus sur elle pour assurer les soins et pour ça, il faut qu’elle aille bien.

Parler de notre stress aux enfants ?

Il semble donc bien y avoir un impact sur l’enfant de notre stress et de nos émotions qu’on essaie de cacher.

Certains conseils donnés aux parents pour éviter cette contagion du stress proposent de verbaliser le stress auprès de l’enfant et de lui expliquer pourquoi on est stressé. Pour illustrer ça, on utilise souvent l’exemple d’un soucis au travail pour lequel on expliquerait à l’enfant « Oui je suis stressée en ce moment parce que j’ai trop de travail à mon boulot ». C’est sur cet exemple que je veux poser le doigt aujourd’hui et montrer une des limites de ce genre de conseil.

« Est-ce qu’on pourrait aller dire à notre enfant « Bah écoute tu sais-je suis stressée en ce moment parce que j’ai croisé le voisin qui m’a menacé avec son fusil » ou est-ce qu’on irait dire à notre enfant qu’on est stressée parce que on attend les résultats de notre biopsie, qu’on a peur d’avoir une maladie grave et de mourir ? « 

Car oui c’est facile d’aller dire à nos enfants qu’on est stressé à cause de notre travail. En effet, l’enfant a une certaine distance avec notre travail, peut être même qu’il s’en fiche complètement et il sait que ce n’est pas en lien avec lui et puis il sait que ce n’est pas grave. Mais, est-ce qu’on peut rester aussi sincère avec nos enfants pour nos autres sources de stress qui vont être peut être un peu plus anxiogènes que ça et un peu plus grave ? Est-ce qu’on pourrait aller dire à notre enfant « Bah écoute tu sais-je suis stressée en ce moment parce que j’ai croisé le voisin qui m’a menacé avec son fusil » ou est-ce qu’on irait dire à notre enfant qu’on est stressée parce que on attend les résultats de notre biopsie, qu’on a peur d’avoir une maladie grave et de mourir ?

Comme on le voit, ça ne fonctionne pas toujours. On ne peut pas toujours être sincère avec notre enfant et partager avec lui à chaque fois les réelles causes de notre stress. Parfois il vaut mieux en dire moins à l’enfant.

Quand un de mes parents va mal, je le vois !

Ce qui reste plutôt certain c’est que les émotions négatives désagréables qu’on essaierait de cacher vont forcément ressortir sauf si on est extrêmement doué pour refouler et cacher nos émotions, qu’on est d’excellents acteurs, mais sinon, globalement ça va quand même ressortir d’une manière ou d’une autre dans nos comportements, dans notre façon de parler, sur nos visages, tout ce qui est langage non-verbal. Les enfants peuvent le ressentir. Les adultes aussi le ressentent d’ailleurs.

Quand on croise quelqu’un qui ne va pas bien, généralement on le voit, il y a des signaux comportementaux. J’en parlais dans un ancien épisode de podcast, sur la contagiosité des émotions notamment douloureuses, ça va impacter nos proches. Lorsqu’on est très joyeux, ça met l’ambiance, ça entraine les autres dans la bonne humeur et inversement.

Il y a également toute l’inquiétude pour l’enfant de ne pas comprendre ce qui se passe chez sa mère ou son père. Ça peut engendrer du stress parce que si sa figure d’attachement va mal, elle risque de moins prendre soin de lui. Inconsciemment l’enfant peut se dire « Il faut que ma mère et mon père soit en capacité de prendre soin de moi et là je vois que ça n’est pas le cas ».

On peut également supposer que l’enfant peut imaginer qu’il est responsable du stress de sa mère, que c’est lui qui la fatigue et la contrarie, qu’il est donc une mauvaise personne et qu’on a pas envie d’aimer les mauvaises personnes. Il peut imaginer des scénarios et des raisons graves, voire tomber dans le catastrophisme « Ma mère ne va pas bien, je crois que c’est parce qu’elle a une maladie grave et je serai bientôt orphelin ». Tout ça n’est donc pas forcément le terrain propice à de la sérénité chez l’enfant.

Concernant les conseils proposant d’être sincère avec notre enfant et de lui dire ce qui se passe chez nous j’aurais tendance à vouloir ajuster ça avec un peu plus de nuances.

Des conseils équilibrés et efficaces

Lorsqu’on ne va pas bien, il semble préférable de ne pas le cacher à tout prix sauf si c’est vraiment quelque chose de passager et qu’on se sent capable de prendre sur soi, qu’on arrive à tenir les journées, à tenir la relation avec notre enfant de manière sereine car on relativise vraiment efficacement. Mais sinon on peut aller en parler à notre enfant en focalisant surtout sur le fait que notre enfant n’est pas responsable de ce que l’on ressent, que l’on soit stressée, triste ou fatiguée en ce moment et surtout qu’il n’a pas à s’occuper de notre stress. Ce n’est pas lui qui est en charge, ça c’est fondamental.

On peut lui expliquer les raisons du stress si elles ne sont pas graves ou si on sait que l’enfant est capable d’entendre la raison parce qu’on le connait bien et on sait que ça ne l’affectera pas. L’avantage d’expliquer à l’enfant c’est que cela permet d’éclaircir le flou et le le brouillard qu’il peut y avoir quand on voit que notre mère ou notre père ne va pas bien. Car lorsqu’on ne sait pas quelque chose, l’esprit à tendance parfois, à imaginer le pire.

Il est important également de rappeler à l’enfant que ça n’a rien à voir avec l’amour qu’on lui porte. Même si on est fatigué, même s’il ressent une distance vis-à-vis de lui, ça n’a rien à voir avec l’amour qu’on a pour lui.

Et enfin lui dire qu’on va s’occuper de notre soucis du moment, qu’on va prendre soin de nous et qu’on va régler le problème si évidemment le problème peut être réglé. Parce que des fois non, on se traîne des problèmes longs que ce soient des problèmes d’argent, des problèmes de santé, etc, parfois on ne peut pas régler le problème rapidement, mais en tout cas, même si on ne peut pas régler le problème on peut prendre en charge notre bien-être émotionnel et mental à nous. C’est nous qui avons en charge notre bien être et lui il a juste à être un enfant puisque c’est nous, ses parents, qui prenons soin de lui.

En réalité c’est pas si simple soit d’essayer de cacher notre stress soit d’essayer de le verbaliser auprès de l’enfant. Ce n’est pas forcément facile. L’idée principale de cet article c’est de se dire « mon enfant a une espèce de brouillard d’incertitudes et d’incompréhension devant cette situation face à sa mère ou son père qui ne va pas bien et moi je vais aller donner un coup de ventilo sur ce flou là pour essayer d’éclaircir les choses pour lui pour que tout ça ne soit plus anxiogène parce que le fait de ne pas savoir et de ne pas comprendre c’est forcément source de stress chez l’enfant mais aussi chez les adultes.

Résumé

  • Même en cachant notre stress les enfants le voient
  • Le stress du père et de la mère n’impacte pas les enfants de la même façon
  • On ne peut pas toujours donner à nos enfants les raisons de notre stress
  • Il est préférable d’expliquer à l’enfant que nous sommes stressé mais surtout :
    – focaliser sur le fait que l’enfant n’est pas responsable et n’a pas à s’occuper de notre stress.
    – si la raison du stress n’est pas grave et que vous savez que l’enfant est capable de l’entendre, partager la raison.
    – rappeler que ça n’a rien à voir avec l’amour qu’on lui porte.
    – lui dire qu’on va s’en occuper, qu’on va prendre soin de nous et régler le problème s’il peut l’être, et que dans tous les cas, c’est nous qui nous en occupons.

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Sources

Comme tout discours, celui ci contient des éléments subjectifs, pour le reste, voici les sources des informations délivrées :

Karnilowicz HR, Waters SF, Mendes WB. Not in front of the kids: Effects of parental suppression on socialization behaviors during cooperative parent-child interactions. Emotion. 2019;19(7):1183-1191. doi:10.1037/emo0000527

Waters, S., Karnilowicz, H., West, T., & Mendes, W. (2020). Keep it to yourself? Parent emotion suppression influences physiological linkage and interaction behavior. Journal of family psychology : JFP : journal of the Division of Family Psychology of the American Psychological Association (Division 43), 34(7), 784-793. http://dx.doi.org/10.1037/fam0000664 Retrieved from https://escholarship.org/uc/item/1hp760fq

Psychogiou L, Moberly NJ, Parry E, Russell AE, Nath S, Kallitsoglou A. Does fathers’ and mothers’ rumination predict emotional symptoms in their children?. Br J Clin Psychol. 2017;56(4):431-442. doi:10.1111/bjc.12148

N.B : La science n’est pas parfaite et n’a pas pour rôle de dicter vos vies. Une étude à elle seule n’a que peu de poids en terme de niveau de preuves. Les études scientifiques ne sont que des indices. Elles sont toujours critiquables et ne reflètent pas la vérité qui restera toujours insaisissable. Le cas échéant, ce contenu n’a pas pour but de se substituer à un suivi avec des professionnels de la santé physique ou mentale