Éducation

Votre enfant est malheureux à l'école : les 6 solutions qui s'offrent à vous

Sandra15 min de lecture
Votre enfant est malheureux à l'école : les 6 solutions qui s'offrent à vous

Pourquoi cet article

Votre enfant ne veut plus aller à l'école. Le dimanche soir, il a mal au ventre. Le matin, les larmes arrivent. Peut-être que c'est plus discret : un changement de comportement, un repli, des résultats qui chutent. Peut-être que c'est brutal : refus total, crise d'angoisse, vomissements.

Quand on se retrouve face à un enfant qui souffre à l'école, la première réaction est de chercher la cause. Et on espère qu'en la trouvant, tout sera vite réglé. En réalité, les causes sont souvent multiples et entremêlées : harcèlement, ennui profond, violence institutionnelle, trouble non diagnostiqué, incompatibilité avec l'enseignant, pression scolaire…

Ce que je vais vous proposer ici, ce ne sont pas des recettes miracles. Ce sont six stratégies concrètes, classées de la moins impactante à la plus radicale. Certaines seront faciles à tenter, d'autres demanderont du courage. Mais dans tous les cas, la première étape est de prendre au sérieux ce que votre enfant vous dit — avec ou sans mots.

14-15 % des collégiens présentent un risque significatif de dépression en contexte scolaire (EnCLASS, 2022)
35 % des élèves ont vécu du harcèlement scolaire en France en 2025 (e-Enfance)
24 % des lycéens ont eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois

Dialoguer avec l'équipe enseignante

C'est la stratégie la plus naturelle et souvent la première à tenter. Le mal-être se manifeste à l'école, il concerne donc les adultes qui y travaillent. Logique.

Dans le meilleur des cas, l'équipe est à l'écoute. La maîtresse ou le professeur principal prend le problème au sérieux, observe, ajuste, protège. On se sent entendu. L'enfant sent que les adultes collaborent pour lui. C'est la situation idéale.

Mais soyons honnêtes : ce n'est pas toujours ce qui se passe.

Quand le dialogue fonctionne

Il faut que les personnes en face soient à l'écoute, concernées et engagées. Quand c'est le cas, on peut construire ensemble : aménagements en classe, changement de place, médiation entre élèves, vigilance accrue aux récréations.

Quand le dialogue ne suffit pas

Vous multipliez les rendez-vous avec la directrice, les mots dans le carnet, les mails à l'inspection. Vous montez peut-être jusqu'à l'académie. C'est épuisant — pour vous et pour votre enfant. Cela demande une force de caractère que tout le monde n'a pas, et surtout, pendant ce temps, votre enfant continue de souffrir.

Le dialogue est presque toujours nécessaire, mais il est rarement suffisant quand le problème est structurel.

Changer d'école ou de classe

Cette solution est souvent envisagée trop tard. On attend, on espère, on persévère dans le dialogue… et pendant ce temps, l'enfant s'enfonce.

Le changement de classe

Parfois, il suffit de cela. Si le problème est lié à un enseignant spécifique ou à une dynamique de classe toxique, demander un changement de classe (quand l'école a plusieurs classes du même niveau) peut tout résoudre. C'est la première option à explorer avant d'envisager un changement d'école.

Le changement d'école

Trouver une autre école, c'est souvent compliqué. Selon votre lieu de vie, les options sont limitées. Les écoles alternatives (Montessori, Freinet, démocratiques) se multiplient mais restent souvent privées et coûteuses.

Malgré le coût financier, la distance, la nouvelle organisation, beaucoup de familles choisissent cette voie. Et souvent, elles regrettent surtout une chose : ne pas l'avoir fait plus tôt.

Déscolariser et instruire en famille

Vous trouviez que changer d'école était radical ? Voyons plus grand.

Il est encore possible en France d'instruire ses enfants en dehors d'une école. L'Instruction En Famille (IEF) est encadrée par la loi et soumise à autorisation de l'académie depuis la réforme de 2021. Et autant vous le dire tout de suite : cette réforme a considérablement durci l'accès.

30 644 enfants en IEF autorisés en France en 2024-2025, soit 0,3 % des enfants scolarisables
-58 % de baisse depuis 2021, année de la réforme qui a remplacé la déclaration par l'autorisation
~50 % des enfants en IEF le sont pour des raisons de santé : TSA, troubles dys, phobie scolaire

Ce que dit la recherche

Les études internationales montrent que les enfants instruits en famille obtiennent en moyenne des résultats 15 à 25 percentiles au-dessus de ceux des élèves scolarisés sur les tests standardisés. En France, la chercheuse Pauline Proboeuf (Sciences Po, 2021) a montré que les enfants déscolarisés puis rescolarisés se révèlent « curieux, autonomes dans leur travail » — et que ceux qui avaient perdu confiance à cause de l'école retrouvent progressivement le goût d'apprendre.

Je pratique l'IEF avec mes deux garçons. Je ne vous dirai pas que c'est facile tous les jours. Mais je peux vous dire que beaucoup d'enfants en phobie scolaire, en situation de harcèlement ou de violences diverses, se retrouvent épanouis et apaisés en sortant du système scolaire. C'est un fait que j'observe régulièrement dans la communauté IEF.

Faire appel à un psychologue

Quand un mal-être s'installe — et encore plus quand la cause est difficile à identifier — proposer à votre enfant un espace d'écoute professionnel ne peut qu'aider.

Le piège : modifier l'enfant plutôt que l'environnement

C'est le point sur lequel je veux insister. On voit trop souvent des enfants en souffrance chez qui on investit dans un suivi psy pour les aider à supporter une situation qui devrait changer.

❌ Approche insuffisante

  • Envoyer l'enfant chez le psy pour qu'il « apprenne à encaisser »
  • Maintenir la scolarisation coûte que coûte pendant le suivi
  • Considérer que le problème vient de l'enfant seul
  • Attendre que la thérapie « répare » l'enfant

✅ Approche efficace

  • Proposer un suivi psy ET modifier l'environnement
  • Utiliser le regard du professionnel pour orienter les décisions
  • Considérer le système entier : enfant, école, famille
  • Laisser le psy vous épauler dans vos démarches concrètes

Si les soucis existaient avant l'école (anxiété de tempérament, troubles spécifiques), un suivi psychologique est clairement pertinent. Mais si le mal-être est apparu avec l'école, un suivi psy seul risque fort d'être insuffisant. Il faut agir sur l'environnement.

Le psy comme allié stratégique

L'opinion d'un professionnel, son statut, son courrier peuvent aussi vous aider concrètement dans vos démarches : face à l'équipe enseignante, pour une demande de changement de classe, pour un dossier IEF, pour une reconnaissance de situation. En tant que parent, on se sent parfois peu légitime. Un psychologue compétent et empathique sera votre allié.

Attendre que ça passe — le piège

Je vais être directe : c'est la pire stratégie.

« Ça va passer. » « C'est l'âge. » « Il faut bien qu'il s'habitue. » On entend ces phrases tout le temps. Et elles sont dangereuses parce qu'elles minimisent une souffrance réelle.

40,9 % des enfants harcelés présentent au moins un trouble de santé mentale, contre 6,8 % des enfants non concernés (Enabee, Santé Publique France)

Oui, les manifestations extérieures peuvent diminuer avec le temps. Mais savez-vous pourquoi ? Pas parce que ça va mieux. Parce qu'une désensibilisation se met en place. Quand un enfant vit des violences répétées sans qu'aucune issue ne lui soit proposée, il finit par s'éteindre. Il arrête de se plaindre. Ce n'est pas de la résilience, c'est de la résignation acquise.

Espérer que cela passe vaut-il le risque de dégâts durables chez votre enfant ? Je ne crois pas.

Changer de mode de vie

On en vient à la décision la plus radicale. Celle qui s'inscrit souvent dans un projet plus large que les seuls problèmes scolaires.

Déménager. Changer de région. Passer en milieu rural. Réduire son train de vie pour gagner en qualité de vie. Certaines familles vont jusqu'au tour du monde en instruction libre.

Les soucis scolaires peuvent être le déclencheur ou l'accélérateur de décisions que vous portez depuis longtemps. Parfois, c'est en passant par une période difficile qu'on trouve l'énergie de réaliser de grands projets. Notre propre histoire familiale en est un bon exemple.

Ce n'est pas une solution pour tout le monde. Mais elle mérite d'être posée sur la table plutôt que balayée d'un revers de main comme utopique.

Combiner les solutions : la stratégie gagnante

Dans la réalité, on fait rarement un seul choix. Et c'est souvent la combinaison de plusieurs stratégies qui produit les meilleurs résultats.

Phase 1
Dialoguer avec l'école tout en proposant un suivi psychologique à l'enfant
Phase 2
Si le dialogue échoue : demander un changement de classe ou chercher une autre école
Phase 3
Si le changement d'environnement scolaire ne suffit pas : envisager l'IEF comme solution transitoire ou durable
Phase 4
Si nécessaire : repenser le cadre de vie familial dans son ensemble

L'important est de ne pas s'interdire les solutions radicales d'emblée. Un problème profond demande parfois une réponse profonde. Et la seule question qui compte vraiment est celle-ci : que faut-il pour que mon enfant aille bien ?

Questions fréquentes

À partir de quel âge un enfant peut-il exprimer un mal-être scolaire ?

Dès la maternelle. Un enfant de 3 ans ne dira pas « je suis en souffrance psychologique ». Mais les maux de ventre répétés le matin, les pleurs au moment de la séparation qui s'aggravent au lieu de s'améliorer, les cauchemars, les régressions (propreté, langage) sont autant de signaux. Plus l'enfant est jeune, plus il faut écouter le corps.

Mon enfant est harcelé, que faire en priorité ?

Documentez tout (dates, faits, témoins). Prévenez l'école par écrit (pas juste à l'oral). Si l'école ne réagit pas sous 15 jours, contactez le numéro national 3018 (harcèlement scolaire) et l'inspection académique. En parallèle, proposez un soutien psychologique à votre enfant et envisagez un changement d'environnement si la situation ne s'améliore pas rapidement. La priorité absolue est la sécurité physique et psychique de votre enfant.

L'IEF est-elle légale en France ?

Oui, mais depuis la loi du 24 août 2021, elle est soumise à autorisation préalable de l'académie (auparavant une simple déclaration suffisait). Quatre motifs sont acceptés : état de santé ou handicap de l'enfant, pratique sportive ou artistique intensive, itinérance de la famille, et « situation propre à l'enfant ». Le taux de refus varie de 11 % à 40 % selon les académies. En cas de refus, un recours est possible.

Un enfant déscolarisé ne risque-t-il pas d'être isolé socialement ?

C'est la question qu'on pose systématiquement — et elle mérite une réponse nuancée. Un enfant harcelé à l'école EST déjà isolé socialement. La déscolarisation permet souvent de reconstruire une socialisation choisie et sécurisante : activités sportives, groupes IEF, ateliers, voisinage. La recherche montre que 87 % des études sur le sujet indiquent un développement social et émotionnel au moins équivalent, voire supérieur, chez les enfants instruits en famille.

En résumé

  • Prenez au sérieux le mal-être de votre enfant — ce n'est jamais « juste un caprice »
  • Le dialogue avec l'école est nécessaire, mais rarement suffisant seul
  • Ne vous interdisez pas les solutions radicales : changement d'école, IEF, changement de vie
  • Un psychologue est un allié, pas une solution de remplacement à un changement d'environnement
  • Attendre que ça passe est la pire stratégie — les dégâts peuvent être durables
  • Combiner plusieurs approches est souvent la stratégie la plus efficace

Sources

  1. Santé Publique France (2022). EnCLASS 2022 — La santé mentale et le bien-être des collégiens et lycéens en France. Enquête nationale, 11 886 élèves.
  2. Santé Publique France (2023). Enabee — Première enquête nationale sur le bien-être des enfants de 3 à 11 ans. 8 200 élèves du CP au CM2.
  3. Benoit, L. (2024). Première recherche française sur le refus scolaire anxieux. INSERM, 1 328 familles étudiées.
  4. Proboeuf, P. (2021). Aux frontières de l'école : les choix parentaux en matière d'instruction alternative. Thèse de doctorat, Sciences Po Paris.
  5. Cour des Comptes (2025). L'instruction dans la famille — Bilan quatre ans après la réforme. Rapport public.
  6. UNICEF France (2024). Consultation nationale — 20 000 enfants et adolescents de 6 à 18 ans.
  7. e-Enfance / 3018 (2025). Baromètre annuel du harcèlement scolaire en France.
  8. Ray, B.D. (2024). Research facts on homeschooling. National Home Education Research Institute.
  9. Kearney, C.A. & Silverman, W.K. (1996). The evolution and reconciliation of taxonomic strategies for school refusal behavior. Clinical Psychology: Science and Practice, 3(4), 339-354.
  10. Ttofi, M.M. et al. (2023). Meta-analysis on bullying and depression: longitudinal associations and risk ratios. Psychological Bulletin, 149(3-4), 170-199.

La science n'est pas parfaite et n'a pas pour rôle de dicter vos vies. Une étude à elle seule n'a que peu de poids en termes de niveau de preuves. Les études scientifiques ne sont que des indices. Elles sont toujours critiquables et ne reflètent pas la vérité qui restera toujours insaisissable. Ce contenu n'a pas pour but de se substituer à un suivi avec des professionnels de la santé physique ou mentale.

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